Des rires aux larmes, des cris aux coups…. 5ème partie

 Mariuss dans le métro mais en 1986 cette fois‏

 

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La jupe porte-feuille du strapontin.

J’étais intimement persuadé que cela se passait sur la ligne 13 à cause de l’alternance des rames à la fourche, puis j’ai vérifié, ben non, c’était la 7, avec l’alternance des rames Mairie d’Ivry, Villejuif, bleue-jaune mais je sais plus quelle lumière allait avec quelle destination, et au départ peu importait puisque je descendais avant, à la station plus déserte ya que la Côte des squelettes : Monge.

À 21h20, après ma dernière colle avec mes vétos, mes 11 h de cours du mercredi, j’étais crevé malgré mes 34 ans. Je m’asseyais toujours sur le strapontin le plus éloigné de la porte, et hop, mode off.

Ce soir là, une pétasse quelconque était assise sur le strapontin en face avec un grand carton à dessin, un sac papier Gibert et un bag cuir avachi et fatigué, mais Bulgari. Fute style jean noirâtre délavé, bottes ou boots 8 cm sympas mais classiques façon Bailly. Bref, à part le Bulgari, rien qui pouvait me faire repasser en mode On. Pis sa canette de je ne sais trop quoi sortie du sac Gibert lui a échappé quand elle a sorti un chausson aux pommes. Et a roulé, vers moi, puis retour et reroule vers moi, un peu façon culte Subway, mais je pense pas qu’à l’époque j’avais vu le film, que je suis même pas sûr qu’il était déjà sorti ce film.

J’ai rattrapé sa canette et lui ai tendu. Toujours en mode Off. Souvenir d’un truc timidement remerciant, d’un éclair d’ébauche de sourire seulement dans les deux trous d’ombre qui me faisaient face.

Chaussée d’Antin, course, escalators à la course. Encore marches en mouvement avalées pour l’escalator suivant, puis course, course, course, la sacoche cuir Le Tanneur battant le coté de mon blaser lin déstructuré et je réussis, une fois de plu,s à choper ce dernier train de 22 h pour Le Havre.

Mercredi suivant, face à moi sur le strapontin de la rame allumée en bleu, deux genoux découverts par une portefeuille rouge genre kilt écossais avec la grosse agrafe couverte de cuir rouge et un petit lambswool trop serré, trop court, feutré. Et un rouleau à cartes plus grand que la fille. Moi, toujours en mode Off, trouvant simplement que les escarpins façon anglais faisaient trop vieux pour ce ti bout à peine plus âgé que mes étudiantes vétos. Et puis là, le choc : je lève les yeux me sentant observé, et deux trous d’ombre, avec quelque chose au fond. Miss canette ! Pour un hasard.

Mercredi suivant, la lumière jaune cette fois. Je manque m’endormir, ratant presque l’arrêt d’Antin.

Encore une semaine. La rame allumée bleue arrive. Je m’assoie. La portefeuille rouge aux deux trous d’ombre mélancolique est là. Micro sourire dans les puits sombres. 25 minutes de silence brinqueballant dans une odeur de tabac et frites froids . Je descend à d’Antin, course, mais j’ai le temps de voir un éclair rougeâtre emprunter la sortie vers le store anglais du trottoir sud.

Le mercredi d’après, j’ai du retard. Il est presque 21h30, quand j’arrive au niveau de la vinasse habituelle qui ronfle allongée près de ses bouteilles sur le plateau où les sièges plastocs ne seront posés que dans un an. Et debout sur le quai à l’emplacement du stop du premier wagon, avec son carton à dessin et sa portefeuille rouge… C’est pas possible, elle devait être descendu et attendait. La rame arrive. Strapontins. Éclair dans les lacs noirs. 25 min de bruits métalliques, d’air chaud confiné sentant graillon et fumée. Un vrai plaisir. Pas un mot. Les trous d’ombre baissés.

Trois mois. Durant trois mois, miss portefeuille aux trous d’ombre tristes était face à moi, le mercredi soir de 21h20 à 21h45…

Il m’est arrivé d’attendre une rame bleue, laissant filer une jaune.

Je n’ai jamais rien osé dire. Elle non plus. Même à l’arrivée à d’Antin, quand nous nous sommes trouvés à nous fixer un moment sur le quai presque désert avant de reprendre nos chemins respectifs.

Une fois, où le suivant se faisait attendre, et qu’il y avait un groupe asiatique qui fumait sur le quai, je suis allé piétiner un peu plus loin. Quand la rame bleue est arrivée, je l’ai vu descendre. Puis j’ai du être aperçu montant dans le wagon suivant, elle a sauté dans la porte au moment où cela a sonné.Trois mois. Trous d’ombre, porte feuille rouge. Un jour elle n’était plus là. La vie.

Je suis incapable de me souvenir d’autre chose. Pas parce que j’ai oublié. Non. Juste jupe portefeuille écossaise rouge et deux ombres où au fond il y avait un peu de tristesse, et parfois une lueur… …

La vie, deux vies.

 

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Cette nouvelle histoire a été écrite en totalité par Mariuss et les dessins sont de sa mimine. Merci à lui pour nous avoir dévoiler « une tranche de vie ».

Je vous mets son lien : http://levraimariusse.unblog.fr/

 


7 commentaires

  1. Madeleine dit :

    Bonjour !!!
    Encore une page réussi de Marius !!!
    J’aime beaucoup ces pages drôle !
    Bises
    Madeleine

  2. mariuss dit :

    Madeleine > Mais ya rien de drôle dans cette histoire. Ou alors, je vieillis sacrément. remarque, chacun peut y voir ce qu’il veut après tout.

  3. Rie à ajouter à ce texte, il parle de lui même..Deux vies, juste des regards échangés…Ainsi va la vie, un long fleuve tranquille cette fois. Tendresse

  4. cmarie75 dit :

    Une tranche de vie , 3 mois sans rien dire même pas par un regard car il est possible de lire dans les yeux mais ceux là étaient tristes et la lueur ( parfois ) était peut-être l’espoir d’un sourire d’un quelconque échange .
    Un peu tristounette comme histoire mais ainsi va la vie de Mariuss et de jupe portefeuille écossaise rouge .

    bises .marie

  5. booguie dit :

    trop de fatigue d’un côté comme de l’autre, un moment trop fugace pour autre chose qu’un regard, peut être!!! mais comme le dit marie ainsi va la vie
    belle histoire

    Dernière publication sur Liberté d'expression. : Professeur Jill_Patrice Cassuto:

  6. Trèèès joliment raconté , ça reste nostalgique , des  » rencontres » qui nous marques d’une certaine manière !!!
    Bisous

  7. essaycollege dit :

    Very interesting! Keep writing your articles.

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